Jeudi 26 avril 2012
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10:39
Le moulin d'Edouardo & de Kiri le chat
- Edouardo! Edouardo ! Lève-toi et descends au four !
Kiri se leva le premier. Étirant ses pattes, tout d’abord, le félin s'approcha d'Edouardo et lui mordilla le bout du nez comme pour lui signaler qu'il fut temps d'aller mettre la main à la pâte.
La boulangerie tenue par les parents du petit garçon ouvrait à six heures et comme tous les matins, il aiderait Géno, son père, à malaxer les diverses pâtes à pains, puis, dans la foulée
réchaufferait son pyjama près du four à gueulard.
Les narines du garçon grattées par le chat ne l’entendirent pas de cette oreille et
dans l’action, sursautant, hurlant qu’un insecte venait de rentrer dans l’une de ses deux cavités nasales ; Edouardo fit bondir Kiri de peur. Le premier vint se cogner la
tête contre les vieilles pierres apparentes du mur de la chambre et l'autre souffla, marcha en crabe un instant puis envoya comme self-défense un coup de griffe qui vint fendre l'air.
Par bordier laurent
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Vendredi 13 avril 2012
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09:20
J'entrouvris la baie vitrée, mais aussitôt, les gaz d'échappement des
véhicules d'en bas de la rue me firent partir dans une quinte de toux violente. Je râlai et maudis les taxis à voix haute un instant ; je refermai la fenêtre en la claquant violemment puis
m'allongeai dans le canapé réversible où je partis pour une nuit de sommeil.
Sept heures du matin, mon téléphone se mit à vibrer. Malek me
laissa ce message écrit :
-Le matériel est devant la porte de ton
appartement, bosse bien. Malek.
Je me suis endormi habillé avec ma besace en guise d'oreiller et
c'est un spasme tonique qui me mit définitivement debout. Un moment, j'ai même cherché à tâtons mon bon vieux réveil à aiguilles sur la table de chevet, m'imaginant sûrement encore à
Midwest-City. Je me dirigeai en direction de la porte d'entrée et constatai au passage que l'appartement avait perdu ce côté magique de la veille. Plus de néons clignotants pour me bercer et me
rassurer que le jour exista autant que la nuit dans une rigueur métronométrique.
Par bordier laurent
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Mercredi 11 avril 2012
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22:09
Je ne connaissais pas cette pathologie, cette tendance
à aller constamment faire chier les autres alors qu'ils sont en paix avec eux-mêmes. Il me semble que c'est une forme de schizophrénie avec délire de persécution.( Enfin, quand je dis persécution
je parle de ses victimes, évidemment). Assis sur le siège passager, je fixai le profil de Malek. Je ne sais pas si l'alcool m’avait joué des tours, mais j'eus un instant la nette impression que
le nez de la tête d'Ibis fut plus crochu qu'en début de soirée. Inquiet, j'ouvris le miroir de courtoisie de sa jolie Nissan et constatai que mon visage refusait de désenfler. Je ne suis pas de
nature pessimiste, mais si demain je devais démarcher mes clients avec la gueule que j'eus à cet instant ; sûr que la société de mon égyptien coulerait à la vitesse du titanic.
LE JEU DU PENDU DE NEVERTON
- Il est meublé ! À demain Laurent ! je
t'apporterai quelques affiches à poser et te paierai en espèce les premières semaines !
Malek me tendit un téléphone portable en m'assurant que j'en aurai
besoin... puis il repartit, me souhaitant une bonne nuit. Pressé, je tournai la clé dans la serrure, poussai la porte de mon nouvel appartement et fonçai à la fenêtre. La vue extérieure peut
changer un homme le matin. Lorsqu'on a la chance d'avoir une baie vitrée chez soi il est toujours préférable qu'elle donne sur un parc plutôt que sur les poubelles du quartier. Il est tard, mais
quelques klaxons se font encore entendre sur l’avenue de Neverton. L'enseigne clignotante rouge et bleue du shop' chinois vient frapper le plafond de cet appartement à la peinture blanche
écaillée. J’apprécie cette dynamique ; celle qui nous fait encore rêver, lorsque, perdus, fatigués, nous restons dépendants de la lumière. Et aussi stupide et asiatique qu'elle soit, sa
présence au plafond me rassurera pour cette première nuit, où, j'angoisse, déjà, de ne plus savoir où je vais.
Par bordier laurent
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Lundi 9 avril 2012
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09:39
Alors, là ! ma mère jusqu’ici silencieuse ne put s’empêcher d’envoyer un coup de rond de serviette en bois sur les phalanges de mon père en guise de
réprimande ( ma mère a toujours protégé le seigneur par la violence physique )
– ceci était ma main, Marie-Ange, répondit-il pour clore la plaisanterie. Je ris et même si je ne comprenais que la surface de son humour, j’étais content de
le revoir cet Antoine, ce père, cette âme égarée et rebelle face à l’éternel.
Les trois années passèrent doucement sans réelles séquelles psychologiques et
je repris ma scolarité tout à fait
normalement ; j’obtins mon BAC scientifique avec mention « super fort en dissection amphibiens » et me dirigeai vers une profession d’étude, de recherche peut-être, mais avec une
certitude : il fallait qu'elle soit liée à la biologie environnementale. J'adorais la bio' ! Il est vrai que plus jeunes, avec méla', nous nous étions pas mal entraînés sur des grenouilles lors
de nos ballades aux alentours de Bligny. J'aiguisais spécialement des cartes téléphoniques pour ces chirurgies minutieuses et m’étais procuré une paire de gants latex que je nettoyais à
l’eau du robinet puis dissimulais dans un de mes pulls camionneur. Je cachai beaucoup de choses dans l’armoire à glace de ma chambre :
des cartes téléphoniques donc, mais également mon carnet intime bleu dont j’avais perdu la clé. Je la retrouvais quelques mois plus tard sous le radiateur
poussiéreux en fonte blanc. À l’intérieur, j’y notais à peu près tout ; des attitudes cyclothymiques d’Antoine (Ah ! mon père ce lombric fatigué ! ) à mes constipations
récurrentes dûes peut-être à mes déjeuners et dîners chocolat-coca. C’eût été plus sain de manger des bananes mais mon père s’en servait comme modèles pour ses tableaux. (Aaah ! mon
père, ce peintre maudit n’ayant même pas eu les couilles de sombrer dans la drogue ou l’absinthe comme ses confrères du XIXe siècle)
Par bordier laurent
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