Evan, carnet de bord d'un ange déchu...(Antoine, mon père )

Publié le par bordier laurent

 

Lorsque dans ta tête les fleurs sont des fleurs et les arbres des arbres, alors ne choisis pas d’être peintre aquarelliste, mais garde forestier.

Evan/ Déc.2008

J’avais quatorze ans. Antoine prit les fruits posés dans la corbeille à pain et les posa délicat ement sur la table du salon. Ma mère le laissa faire, mais ne put s’empêcher d’une remarque pertinente

Les fruits sont faits pour être mangés, pas pour être peints, chéri ! Il ne répondit pas et cligna d’un œil, tendit à bout de bras son pinceau en direction de cette triade puis reporta l’ensemble au crayon de papier sur cette toile vide.  Je n’ai jamais compris comment il s'arrangeait pour stocker l’ensemble artistique dans un si petit crayon, mais une chose était sûre,  il semblait profondément concentré et chacun de ses gestes reposaient dans une minutie parfaite. La poire se trouvait au premier plan, puis l’orange, derrière,  et une mirabelle pourrie venait s’agglutiner délicatement à la première en cherchant désespérément à se fondre en elle, comme pour insidieusement vouloir partager ses moisissures. Je jubilai sadiquement de voir pourrir et souffrir ces fruits que l’on m’obligeait chaque jour à croquer en guise de quatre heures. Mais Dieu en avait décidé ainsi :

ces fruits ne seraient pas mangés et leur santé déclinerait doucement à la manière de Jésus sur la croix. (surtout la anges-et-demons-43-720pxmirabelle qui avait déjà pris un sacré coup de chaud.) 

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