LE MOULIN DE KIRI part 2

JE RAPPELLE QUE CETTE HISTOIRE EST VRAIE et que de toute façon, nous ne sommes pas à l' abri de rencontrer un jour, un animal lettré

 

Ils se posent enfin sur un talus bordant la rivière quand Edouardo sort de son sac une brioche écrasée qu'il pose près de son ami :

  - Tiens kiri, ton goûter.

- Merci Edouardo, j'avais une faim moi ...

  Edouardo se retourne vers lui, reste quelques secondes bouche bée et lui dit :

  - Mais, tu parles Kiri !!!?

- Non, je ne parle pas.

-Mais si tu parles kiri ! là, à l'instant,  tu viens de re-parler ! 

A cet instant, c'est la bouteille à l'encre des mots et une confusion totale s'instaure peu à peu :

  • - Mais non voyons, je ne suis qu'un chat.

  • - Tu as Re-Re parlé Kiri ! Qu'as-tu dis juste avant ?

  • - Et bien...Je ne sais plus..." Je ne suis qu'un chat" , je crois ?

  •  

    Paniqué, Edouardo se lève d'un félin bond et se met à courir en direction du village, s'écriant :

    -Kiri parle ! Kiri parle !

    Surpris de voir ce compagnon de toujours s'éloigner, Kiri ne peut s'empêcher de lui répondre :

    • - Tu oublies ton cartable, Edouardo ! Et ta brioche, Qui va la finir !?

    Il part alors à sa poursuite, franchissant avec habileté les micro-mares, les barbelés, espérant ramener l'enfant à la raison ! Mais Edouardo, déterminé, semble vouloir tout ramener à la maison.

  •  

    Kiri court, le rattrape enfin et se positionne à sa hauteur :

     -Es-tu devenu fou Edouardo ? Je ne parle pas !

    -Et là, tu viens de faire quoi ? Miauler peut-être ?

    • - Non...Mais, je ne me rends pas compte ! Je n'ai plus aucun contrôle sur mes vibrisses et les patapons d'autrefois ne me font plus envie ! Laisse moi un peu de temps pour comprendre la situation !

    • Puis levant une patte signifiant un break, il ajoute :

    • - Et merde, je suis crevé tiens, je m'arrête un peu...

      Edouardo prend de l'avance sur son compagnon et c'est essoufflé qu'il arrive au village ; pose une main sur l'auge en pierre de l'église et voit débouler :  Un Kiri, la bave aux lèvres, haletant et  épuisé par cette longue course.

      l'enfant prend peur à nouveau et file se cacher derrière l'église en criant :

      -Kiri a la rage ! Kiri a la rage !

    •  

      Kiri se pose sur l'auge de pierre, se lèche un peu les pattes et entame un monologue :

      -Je vais chercher une musaraigne pour le Padre Geno...Je vais encore voler par la fenêtre avec elle, mais j'y suis habitué. Tu sais, je ne sais pas si je parle ou c'est toi qui comprend le langage des chats, mais sache que pour m'appeler, tu faisais souvent miaou aussi ;  au passage, tu le faisais très bien d'ailleurs.

      Et terminant sa toilettes, kiri s'éloigne vers la grange à la recherche d'un justificatif de domicile. 

        -Je viens avec toi Kiri !

    •     Lors du dîner, il règne une certaine tension entre Kiri et Édouardo. Orgueilleux maintenant, le félin traîne sous la table, attendant qu'un morceau jambon tombe au sol ; quant à son ami, il a tout simplement décidé de l'ignorer et s'enquiert de cette histoire étrange auprès de son père adoptif :
    •  

      • - Est-ce-que les animaux peuvent parler, Géno ?

         

    • Bien sûr que non Edouardo, mais ils s'expriment autrement. Regarde Kiri, et bien, lorsqu'il ramène une musaraigne dans la maison, c'est pour nous dire :

      - Je suis là, j'existe et voici ma part ! Les chats travaillent tout comme nous, mais ils chassent :

      Sous la table Kiri souffle et confirme :

      -Content qu'il le reconnaisse, mais c'est un peu plus compliqué que ça...Demande lui pourquoi il me jette par la fenêtre avec mes proies alors ?

    • Edouardo raconte un peu sa journée d'école et sûr de lui, dit à Géno qu'on ne le reprendra plus à manger du boudin. Sa maman, voyant le padre silencieux face à l'enfant, se scandalise de ces sorties barbares  :

      • - Quelle idée ! Faire visiter une usine à cochon à des enfants ! Il n y a pas mieux pour les écœurer. Tu demanderas à ta maîtresse d'organiser une visite dans notre atelier de cuisson, le petit-déjeuner sera mille fois meilleur !

       

      Dans la chambre, assis autour d'une lampe à pétrole, ils discutent longuement de ce miracle ; alors Kiri, voyant Edouardo un peu plus à l'aise, lui raconte le début de cette histoire :

      Alors que nous nous affrontions à l'extérieur du moulin, les lérots décidèrent de me tendre un piège. Je voulus combattre pour défendre nos biens qui sont, tu le sais aussi bien que moi, les sacs d'orge et de blé, mais les rongeurs ne l’entendirent pas de cette oreille. Tu sais Edouardo :

    • Nos ancêtres ont énormément travaillé pour nous. Un dur labeur pour eux, nous avons des valeurs et ce moulin nous appartient !!

        - Labeur ? Ça veut dire quoi ? Et pourquoi me racontes-tu ça au passé-simple ? La maîtresse nous dit que ce temps n'est bon que pour les contes !

      • - C'en est un Edouardo. Quant à labeur, c'est travailler durement.

      • - Ah ! Je fais un labeur à l'école, je me disais aussi...L'enfant lève alors la tête, réfléchit puis demande à kiri :

      • - Labeur...Tu l'écris comment ?

      • - L.A.B.E.U.R

      • - Comme beurre, mais sans R.E à la fin ?

      • - Voilà, par exemple, tu peux dire en rentrant de l'école : Une journée de labeur.

      • - Ah..Une labeur ?

      • - Non, bon laisse tomber Edouardo ; on ne va pas y arriver sinon.

      • - Je continue.   Il y a dans ce village des familles pauvres  et tous les parents ne sont pas boulangers comme Géno, notre père. Nous sommes bien logés et lorsque je longe les fenêtres de certaines maisons où habitent tes camarades d'école, je souffle de désespoir. Ainsi, je comprends mieux leurs assauts en direction de tes brioches le matin. Nous ne sommes pas unis comme eux par les liens du sang, mais par l'amour et le partage. Edouardo, tu attires les filles car tu sens le chocolat ? Mais....Dis-moi....Léon, ne trouves-tu pas qu'il sente un peu le poisson  fumé ?

        Je ne suis pas gouttière et il ne m'attire pas, mais les autres chats le veillent...

        - Bouboule tu veux dire ? ils ne se lave pas et ils a souvent les poches remplies de morceaux de lardon qu'il fait sécher dans son casier. Il sent le lardon mais pas le poisson...

      • - Ah si édouardo, j'ai un peu plus de flair que toi et je peux t'assurer que, lorsqu'il lève les bras dans la cour de récréation, les chats de gouttières rappliquent devant la grille de l'école  ;  et en cours de gymnastique, ça hume et ça renifle chez mes camarades félins...certains même, lèvent  les pattes pour s'imprégner de l'odeur du poisson.

      • - Tu parles bien Kiri ! tu connais plus de mots que moi !

          - Je suis peut-être un aristocratchat ! que veux-tu...

      • En guise de rire, kiri émet comme un sifflement de serpent, puis la gueule grande ouverte, laisse apparaître quatre incisives.

      • Discutant encore quelques minutes, c'est Kiri qui s'endort le premier en écoutant vaguement les quelques bribes de phrases sortant de la bouche d'Edouardo. Sans même pataponner, il s'assoupit. Passant d'un rêve à l'autre, Edouardo fait de même, et déjà impatient du lendemain.

      •  Au réveil, c'est Edouardo qui baille le premier, suivit de peu par Kiri :

        - J’ai rêvé que tu parlais kiri, c’est bête hein !

        - Moi, j’ai rêvé que j’avais les yeux tout verts, c’est bête hein !

        - Mais…mais  tu parles kiri ! Cest vrai ! Puis tu as les yeux tout verts, aussi verts que les bancs de notre école !

        Ils se regardent alors et s'exclament :

        - Nous n’avons donc pas rêvé !

        Alors pattes et doigts sur lèvres, Ils jurent de n'en parler à personne.

        Edouardo jette son pyjama sur le lit, se cogne la tête contre une poutre apparente qui va déclencher une tombée de débris pierreux sur Kiri, mais cette fois, le félin ne prend pas peur et raisonne l'enfant

       

      • - Tu devrais t'étirer le matin, prendre le temps d’émerger ! Roule un peu des épaules comme moi !

      • - Émerger ? Ça veut dire quoi ?

      • -Pfuii...peu importe. Allons déjeuner si tu le veux bien, je meurs de faim.

       

 

Il est très tôt et c'est ensemble qu'ils déboulent dans le salon où Adèle les accueille en grondant Edouardo :

  • - Edouardo ! Le chat va finir par te faire tomber dans l'escalier !

  • - Non ! Il zigzague juste, j'y suis habitué ! Kiri ne peut s'empêcher une remarque pertinente :

  • - Ca n'est sûrement pas pour arriver le premier au petit-déjeuner puisque c'est elle qui le sert...

  • Edouardo prépare une tasse de lait destinée à son compagnon puis embrasse Géno venu le chercher pour l'aider à transporter les sacs de farine. Baillant le reste de sa nuit, l'enfant va obéir et remettre son petit-déjeuner à plus tard.

      - tu oublies mes brioches ! Lui souffle Kiri.

    • - je reviens, j'aide le padre à traîner les sacs de farine jusqu'au four à gueulard !

    • - Hmmm ? Géno se retourne alors et lui demande :

    • - Parle plus fort Edouardo ! Qu'as tu dit ?

    • - Rien...je me demandais combien de sacs y avait t-il à transporter...

    • - Ah...Onze sacs que j'ai mis dans le couloir et trois en réserve.


  Kiri, caché sous la table, se met en boule, imitant le padre bougon :

- Hmm... Onze sacs ! Dans la réserve ! Edouardo ne peut s'empêcher de rire de ses facéties qui, dans le temps, promettront de complicité totale entre les deux frères.

 


 

  Ce matin, Edouardo fait sa distribution journalière de brioches sous le préau ( sous l’œil du proviseur, tolérant pour ce genre de partage ), mais veillant tout de même au chahut. Ses viennoiseries sont des pépites d’or ; Léon à beaucoup moins de succès avec ses morceaux de lardons, mais de toute manière, il est assez réticent au fait d'avoir des parasites sur le dos. Les filles ne se jettent pas sur Edouardo, mais attendent patiemment la fin de la mêlée pour venir le saluer. l'enfant n'y voit pas de quelconques feintes et c'est timidement qu'il continue la distribution à ces demoiselles.

Assis au fond de la classe, edouardo s'endort paisiblement. Il lutte, mais la nuit dernière revient tout doucement à lui, il pense encore à Kiri et son rire stupide, leurs facéties et surtout à cette histoire extraordinaire qu'il est en train de vivre ; - un chat non botté qui parle....Pense-t-il en s' endormant... 

La maitresse claque un coup de règle et interpelle le jeune garçon :

 

  - Edouardo ?  vous rêvez ?  la capitale de l’Espagne s’il vous plaît ?

- Rome, madame. Léon, sans même lever la main reprend Edouardo :

Non, c’est Madrid !

Juliette lui souffle alors :

- Ben mon cochon, tu as appris tes leçons hier !

Toute la classe se met à rire et Madame Violet rétablit le calme en menaçant de devoirs supplémentaires aux agités. Il est bientôt dix heures et elle annonce aux enfants trente minutes de récréation.

 

Kiri, posté derrière la grille de l’école souffle Edouardo,  occupé à une partie de football :

- Pffffff !  khhhhhaaaa ! pffff !

Edouardo se retourne et voit le félin, la patte en l’air, lui faisant signe de se rapprocher. Il demande alors un remplacement et par défaut, c'est Bouboule que l'on placera en position de goal volant.

 

Que veux- tu Kiri ? je suis en plein match !

  -   Rendez-vous sur le muret à seize heures trente,  Edouardo.

  -   Je le sais ça, comme tous les jours Kiri !

-    Oui, mais il fallait que je le dise, j’ai la parole maintenant alors, j’en profite.

 

-Edouardo, reviens !  Bouboule n’arrive pas à faire Goal volant ! s'écrie Gaëtan.

Bouboule est rouge pivoine, essoufflé, les mains dans les poches, c'est vainement qu'il tente de goaler avec ses pieds.

Kiri toussote un peu et murmure à edouardo :

-J’y vais, ça sent le poisson jusqu’ici avec Léon dans les buts. Mes confrères ne vont pas tarder à arriver avec cette odeur. A tout à l’heure edouardo. 

 

                                                                       LE RENOUVEAU KIRI

 

 

 

C'est tout juste s'il salue les oiseaux maintenant, il les snobe même, parfois, leur disant :

- Vous ne m'intéressez plus, je suis un être humain maintenant. Bientôt, par la fenêtre de chez moi, vous m'apercevrez avec une fourchette, un couteau et une serviette autour du cou !...Puis je n'ai pas faim. Ce matin, j'ai pris mon petit déjeuner à table, alors partez ! Nourrissez-vous de poésie et de vers.