LE REFLEXE DE GERALD L'ombre

Me concernant,  les médecins m’ont démontée mais ne savent toujours pas comment me remonter. Il ont dû perdre la notice de ma maladie… Certains psychologues ont bien essayé pourtant, mais sans succès.

-         Et la méthode Lecoing, Soda ?

-         Trop naïve. En plus, il m’énerve avec ses TOC stupides et ses ordres insidieux.

Je ne crois plus trop en eux. Si je suis ici c’est pour fuir ma famille et surtout mon grand-père.

-         Ah ? Ton grand-père ?

-          Mais n’insiste pas tu ne sauras rien. C’est perso’.

-               OK. Je n’insiste pas…l’ambiance s’est refroidie dans la chambre et Gérald s’en veut déjà d’avoir été aussi curieux de sa vie privée. Gêné, il toussote  :

-         Je vais prendre un café… si tu veux bien me la faire Soda.

-         Ah ? La jeune fille se lève et se dirige en direction de la bouilloire puis continue son récit par une question :

 

Tu es électricien Gérald ?

-         Non, répond-il en pouffant dans le col de son pull.

-         Et tu démontes les prises chez toi ?

- Bah non, surtout pas…Il tourne alors la tête en direction de la douche et y aperçoit une forme étrange de petite taille cachée derrière le rideau. Il la montre du doigt  - Toi aussi, tu as  un écureuil chez toi ?

- hein ? Un écureuil ? Où ?

 

- Bah derrière le rideau de douche ! Soda tourne alors la tête, se lève d’un bond et fonce en direction de celui-ci. Elle l’ouvre brusquement. Ah non ! c’est juste ma bouteille de shampoing aux œufs !  Tu as des hallucinations Gérald ! Mais c’est superbe ça dis moi ! Bon. Revenons à nos sheeps. Je pense que les psychiatres nous manipulent,  Gérald.

-         Ah ?  Et tu en a parlé à un psychiatre ?

-         TU ES FOU ? ! Si je m’amuse a dire que les voix que j’entends sont réelles alors là, je suis bonne pour l’asile pour fou serial killer tueurs nés en série ! Puis de toute façon je ne suis pas folle,  je m’arrache les cheveux pour taire les crises d’angoisses qui résultent d’hallucinations auditives. POINT.

-         OK, je comprends mieux…ce sont les voix alors… Et Nabil ? Il est quoi alors ?

-         J’sais pas…p’tête un psy qui a mal tourné….

 

-         Pourquoi tu me demandes si je suis électricien alors ? Quel rapport avec la choucroute ?

-         Hein ? Tu fais ton Obelix ou quoi Gérald ? Il s’agissait d’une métaphore !

-         Une métaphore ? Je n’ai pas appris ce mot à l’école…désolé.

-         Laisse tomber. Pas grave. T’es trop un matheux.

Gérald le matheux ne dit plus rien, mais savoure le moment présent. Celui où aucun fantôme, aucune ombre n’existe ; celui qui lui souffle juste de ne pas trop en faire face à Soda et régule ses troubles par le biais de l’amour qu’il lui porte. D’une grimace,  Il jette son gobelet de café moitié plein dans l’évier puis se penche le visage au dessus, l’index gauche au fond de sa gorge. Inquiet, Soda se lève de sa chaise et fonce en sa direction  :

 

-         Tu es malade ?

-         Oui. C’est le café…

-         Ah ? il n’est pas bon ?

-         Non. Dégueu.

-         Ah ? C’est du grand mère pourtant, sourit-elle, sûre de la qualité de la senior.

-         C’est le pire, crache-t-il dans le lavabo en se tenant l’estomac. Ma mère m’a toujours dit que cette femme avait investi dans la torréfaction quand  Jacquev’ Habre s’est mis au service des Allemands en 41. Quel monde de collabo'… soupire-t-il en se rinçant une dernière fois la bouche.

-         Ok. Désolé. Je n’en bois jamais…Je suis plutôt « thé vert »

-         Bah pourquoi tu en as chez toi alors ? C’est l’homicide que tu cherches ?

Soda se met à rire et tapote dans le dos du garçon en guise de traitement. Puis lui prenant la main elle l’invite à venir s’asseoir sur le lit.

 

-         Tu sais l’ombre dont tu me parles, soda…je voulais te dire que..

-         Mais tu sais bien que je suis malade ! coupe-t-elle sèchement d'un ton capricieux.

-         Et alors ? s’inquiète-t-il, elle n’existe donc pas ?

-         Non, enfin… je n’en suis plus très sûre… Tu es déçu ?

-         Non, mais, je voulais te dire que…

-         Soda l’interrompt de nouveau en se levant et se met à chanter, tournant autour du lit comme une folle – On ne mangera pas de jamboooonooo !

-         Chuut ! Soda ! On va nous entendre !

Gérald n' a même plus envie de compter les carreaux aux sol. Il est tellement bien avec elle qu'il jette un coup d’œil dans la chambre et chuchote -  environ trente-six carreaux et quarante-huit choux-fleurs, puis la jeune fille le sort de ses pensées en lui caressant les cheveux  :

- je vais quand même rester sous le lit une heure, lui avoue-t-il.

 

 Pour Soda alors, le monde s'écroule. Tous ces efforts pour rien, pense-t-elle en piquant des huit dans la chambre. Elle se reprend enfin :

- Mais je t'ai dit qu'il n'y avait rien Gérald !

- Mais moi je te dis que j’ai vu une ombre flotter devant ta fenêtre  ! Ou bien un corbeau alors...

- Bon. Gérald, dis-moi tout de suite que tu ne veux pas dormir dans mon lit ce sera plus rapide ! Le coup du corbeau qui flotte non merci ! je suis malade, mais pas débile !

- je l'ai vue, Soda ! je te le juuuure !

- Bon OK. Admettons qu'il existe "ce nuage de fumée". Tu vas faire quoi avec tes couteaux de pique-nique ? l'inviter à déjeuner ?

-Pfff...tu ironises…il se sauverait…

- Mais non je t'aime, mais comment t'expliquer. C'était juste un stratagème cette histoire d'ombre, je te voulais avec moi pour une nuit juste avant que tu t'en ailles...

- répète-le ?

- Je t'aime Gérald…en parlant de rituel, en as-tu un avant de te coucher ?

- Oui. Tourner cinq fois en slip et chaussette autour du lit en hurlant des chants indiens !  Pourquoi ?

 - Ah bon ? Étrange comme TOC…

- Je plaisantais, ajoute-t-il en glissant discrètement un couteau sous le matelas.

 


 

Aux alentours de quatre heures du matin, Gérald se lève d’un bond en secouant Soda.

-  je m’en vais  ! Soda ?

- Mmm.naan...quoi...t'as vu un corbeau...qui flottait...ben…piqueeeuu...niq...avec...lui.

-Hein ?

Voyant qu'il lui est impossible de la réveiller ; l’adolescent enfile son package de vêtements et fait un baiser sur le front de son amie en lui chuchotant  – Je reviendrai, j’espère que je ne t’ai pas déçu. Il tente de récupérer à tâtons un de ses couteaux cachés sous le matelas mais c’est un morceau de ressort qui vient l’accueillir. – Aie ! geint-il. Merde !  ajoute-t-il en suçant son index ensanglanté. Il jette un dernier regard en direction de son âme soeur, grimpe sur le montant de la fenêtre, virevolte, tend les mains le long du mur, se lâche et tombe sur le derrière. Il se retient alors de faire exploser la colère montant en lui,  mais tout de même par vengeance, mets un coup de pied dans le tabouret qui le lui rend aussitôt par rebond sur le mur de l’immeuble. – Aie ! geint-il à nouveau.

- Pas de pot l'ami  ! Lui dit l'écureuil qui passe furtivement à ses huit heures

 

 

                                       Help (my-self) & autres je de rôles..

 

Le corps médical a réuni patients et impatients ce matin sur la pelouse du parc. Pascale leur demande de s'asseoir en tailleur de manière à former un cercle ( ce que romain refuse de faire) puis laisse la parole au Docteur lecoing qui pointe d’un index accusateur le récalcitrant :

 Émotions, situations, pensées actuelles !  Nous allons parler ensemble de vos projets !  

Soda fait quatre hochements de la tête en l'imitant puis demande à Gérald.

  - C'est poulet qui préside ?

- Oui...et il semble déterminé. À quoi je ne sais pas par contre.

- Répétez après moi ! insiste le docteur, « Émotions, situations, pensées actuelles » ( silence dans le groupe ) Bon…(gêné) ; merci à tous d’être venus par ce bel automne printanier. Vous allez vous dire «  Il est fou ce docteur Lecoing ? ! » ( bah non,  chuchote Nabil d'un ton grave) et bien vous n’aurez pas tort, mais il est important d’exprimer ses émotions ! Nous allons vous remettre ce papier à remplir par colonnes. À l'intérieur de celles-ci se trouvent des cases ; il vous suffira juste d’y exprimer vos sentiments ! Alors, je rappelle - Émotions, situations, pensées actuelles. Voilà le but de cette réunion. Nous parlerons également de vos projets quand Pascale vous aura distribué ces fascicules que j’ai là, en main.

Alors que les infirmiers commencent la distribution de prospectus, Gérald s’interroge à propos du Docteur Lecoing : 

- Tu as vu, Soda  ? Ils ne donnent pas de fascicule au docteur Lecoing !

- ouais, bizarre ça...t'as raison, mais c'est pas un  TOC qu'il a remarque, c’est peut-être un TIC.

- Et il n’y aurait pas de fascicule pour les TIC alors ?

- Bah non Gérald, c'est comme bipolaire et schizophrène, il y a une marge quand même !

 

- La peur du rejet ! Voilà ce qui fait de nous des êtres agressifs précise le Docteur qui enjambe un élève pour se tenir au centre du cercle. Exemple : Toi, Romain. As-tu surmonté cette peur que tu avais ? Cette agoraphobie ? Vas- tu de nouveau au cinéma ? 

  - Ouais...répond le jeune homme en mâchouillant un brin d’herbe

- Tu y es retourné, depuis ?

- Non...

Surpris de sa réponse, le docteur acquiesce cinq fois et dit :

- Bon...peu importe. Dites vous bien que l'échec n’existe pas ici, surtout ne pas vous....  Romain interrompt le  psychiatre - C'était pas un échec Docteur, c'est qu'il n'y avait rien au cinéma.

 

 - Ok Romain…merci à toi.  Demain, nous organiserons un jeu de rôle,  et pour certains une technique que j'affectionne se nommant " la technique du Self-help". Les infirmiers vont vous donner plus d'informations à propos de ces deux méthodes très efficaces dans notre centre.

  Les patients échangent leurs points de vue autour de thermos de café ; parlent de séances d’hypnose, de reiki et de points de chakra où se concentrent nos énergies… Soda souffle d’ennui :

- La barbe, comme disait ma grand-mère, chuchote-t-elle à Gérald.

- J’avoue…répond-il en arrachant les trèfles à trois feuilles jonchant le sol. Lecoing est déjà reparti. Même lui ça l’a saoulé. Ils t’ont mis sous hypnose toi ?

- Oui.

-  Et ?

- Bah rien puisque je suis encore ici à m’arracher la tignasse donc je suppose que la méthode  ne fonctionne pas sur moi. 

 

- Évidemment, souffle l’adolescent en mâchouillant ses trèfles. Tu as confiance en toi Soda ?

- Ouais…ça dépend des autres quoi…

- Pareil. 

Alors que la jeune fille cherche de sa tête un coin moelleux et reposant sur une des clavicules pointues de Gérald, une voix se fait entendre :

-          vous vous croyez dans la boom tous les deux ? Brindille d’herbe coincée entre les incisives,  il s’agit de Romain qui semble animé par une envie irrésistible de provocation. Il ricane seul, tournant la tête à droite puis à gauche, cherchant d’autres adolescents qui seraient sensible à son humour. Personne ne rit. Personne ne bouge.  

 

Gérald fait quatre mouvements rapides de la tête en signe d'agacement sans se laisser emporter par la colère.  Il ne se sent pas agressé, mais plutôt vexé de cette remarque. La boom fut quand même un des films les plus niais que’l’on ait connu dans ce siècle avec Flashdance ( ce dernier qui d'ailleurs fit foncer mes petites amies de l'époque s'acheter une paire de ballerines chez Repetto pour s'entraîner sur " What a  feeling " le soir venu )   et le romantisme n’a jamais été trop le truc de l’adolescent. Soda quant à elle se sent directement argessée. Gérald avait été exemplaire pendant les cours d' arithmétique en professeur parfait et influent. Elle avait une occasion, là, de lui faire voir qu'elle tenait à lui  alors elle envoya à Romain d'un ton provocateur :

 

- T'es un cinéphile toi ?  ! ( Nabil acquiesce de la tête, mais on ne saura jamais pourquoi)

 

L’adolescente furieuse,  lâche la main de Gérald et saute à la gorge de Romain, cherchant à l'étrangler.  Nabil, posté malheureusement au mauvais endroit se risque à les séparer en aventurant ses deux mains entre les corps ennemis ; il s’écrie :

  - Il faut se réconcil' les ami’l ! !

Mais Soda lui mord la main et Romain lui envoie un coup-de-poing en pleine face. L’illuminé tombe à la renverse. Les infirmiers interviennent et menacent les trois d'un renvoi immédiat s'ils ne cessent pas ; alors Gérald ramène Soda vers lui, la prend dans ses bras et tente de la rassurer.  Romain jure. Il s’éloigne définitivement du centre des Mirabelles et promet de revenir le brûler. Une partie du groupe s’affaire autour de Nabil qui, encore sonné parvient à se relever à l'aide des infirmiers. Maintenant pamphlétaire, le boubou à moitié déchiré, il lève le poing bien haut en maudissant le ciel puis retombe dix mètres plus loin  se prenant le pied gauche sur une racine de platane. Ce coup-ci, cela fait rire tout le groupe.

Désarmé, il jure qu'il est maudi'l.

 

 

-Je suis désolé Soda de ce qui s’est passé. 

- Pourquoi, Gérald ?  

- Mes TOC, c'est absurde, je suis ridicule...

- Bon. Écoute Gérald, tu as des TOC et je suis chauve OK !

- Bah moi Soda, je suis bien parti pour être chauve dans deux ans...

- bah voilà ! Comme ça moi plus tard,  j'aurai tes TOC !

 Satisfaits tous les deux, ils reprennent leur marche en compagnie du groupe puis l’adolescent ajoute :

- Tu l'as déjà vu la Boom au moins ?

 

  Arrivé le dernier au réfectoire, Nabil lèvera juste les bras en guise de prose. Il ne pourra s'exprimer oralement et ses TOC auront cessé comme par magie d'un coup de poing dans la gueule !  Romain aura raté une carrière de psychiatre c'est sûr !

 

 

                                          Mercredi matin, 8 heures.

Self-help/ self esteem = Stages de motivation.

 

Alors qu'ils prennent leur petit-déjeuner, Gérald semble hésitant à propos des deux thérapies proposées par le Docteur Lecoing  :

- on fait jeu de rôle ou bien himself ? demande-t-il à son amie.

- Tu veux dire "Help-self ** Gérald" ? C’est réservé aux anorexiques et il me semble que tu manges bien toi ?

- Oui, ça va, répond-il en tartinant une biscotte de confiture et ça consiste en quoi le self-help .

-Pour qu'ils prennent conscience de leur existence ou un truc dans le genre. C'est pour les ano' et les bégayeurs. Sandra y va également - Moi j'aime bien cette technique, elle nous rabâche  tout le temps. Pis crotte ! je suis une être humaine quand même ! Enfin bon. Nous, on fera jeu de rôles. Dans ma chambre traîne une boite qu'une patiente m'a donnée avant qu'elle se suicide.

- Qu'elle se suicide ? et tu me dis ça comme ça en tartinant ta biscotte de confiture ?

- bah ouais...C'était une vocation chez elle, j'y peux rien moi.

- Comment est-elle morte ?

- Poppers, elle en a bu un litre et s'est gavée de Tercian.

- Mince, elle a dû souffrir la pauvre...

- C'est sur terre qu'elle souffrait Gérald, enfin bon… Il parait que son corps s'est liquéfié sur place, certains infirmiers ont perdu la vue en tentant de la sauver.

- C'est vrai ? Comment ?

-  Par les vapeurs, le nitrite se dégageant du corps.

- c'est horrible Soda !! Tu y étais ?

- Non. Passe-moi la confiture de groseille s'il te plaît.

- Comment tu arrives à manger en racontant ça ?

- P'tête parce que c'est faux ce que je te raconte Gérald...mais par contre elle s'est bel et bien suicidée.

 

Gérald prend un air de dégoût et repousse son plateau sur le bord de la table. Tu n’as plus faim ? le nargue-t-elle en désignant un morceau de biscotte tombé et flottant dans le bol de chocolat de  l’adolescent. Non… répond-il, je suis écœuré de ton histoire de suicide.

-         Tout le monde n’aime pas la vie Gérald…il y en a qui la subisse tel un boulet accroché au pied du forçat.

-         Hein ? Un forçat ? connais pas, souffle-t-il d’un air désespéré. Mais dis-moi, on pourrait se donner des petits noms sympas si on fait ce jeu de rôle tous les deux ?

-         Oui, bébé, si tu veux !

-         On pourrait inverser les noms de médicaments ! dit-il sur un ton enjoué.

-         Ouais Gérald ! !  Riche idée ! j’ai trop hâte ! Vas-y alors, commence car ça risque d’être passionnant !

-         Tu te fiches de moi Soda ?

-         Bah non…mais j’attends quel genre de noms tu vas donner aux magiciens par exemple…

  -  Bah…maître Abilify ça ferait  Yfil- Iba ? Ou encore le gnome Zoloft...mmm non Pas Zoloft, se ravise-t-il, c'est trop compliqué à inverser…Tu comprends le système sinon ? C’est simple hein ?  

- Oui je comprends très bien Gérald, je ne suis pas débile, mais pour Xanax ? tu fais comment Gérald ?

- Xanax ? Ah oui, j'y avais pas pensé à celui-là…

  - C'est un jeu de mots, un palindrome de lettres Gérald.

- De quoi ? Le Xanax ?

- NON ! le mot ! que tu le lises de gauche à droite ou de droite à gauche, l'ordre reste le même et sa signification ne change pas !

- Emordnilap...Pff...ça veut rien dire à l'envers ! t’es grave Soda !

- NON GÉRALD ! pas avec palindrome ! ça ne marche pas ! Ohlalala....

- Ah ouais Soda ! Comme "Lille" alors ?

- Laval Gérald...Laval. Laisse tomber, t'es trop un matheux.

Dans la matinée Gérald et Soda s'éloignent un peu des infirmiers afin de trouver un coin calme à l'ombre des platanes et des pins. Le docteur accepte cette mixité en acquiesçant trois fois de la tête et semble satisfait que ces jeunes patients soient si obéissants. L’adolescente ne peut s’empêcher de rire des multiples TOC de leur docteur :  

   - Wow, il a vraiment la palme lui. Je me demande s'il n'a pas la grippe aviaire, souffle-t-elle à Gérald. Sandra, bien seule, semble occupée à une thérapie bien étrange ; elle gratte de la paume de sa main droite l’écorce d’un pin en chantant cette chanson. :

Une chatte assise sur la branche d'un cerisier guettait les pigeons, elle guettait les pigeons

  Une chatte assise sur la branche d'un cerisier guettait les pigeons qui lui faisaient des  pieds d'nez.

 Les pigeons posés sur la branche du cerisier guettaient le lombric, ils guettaient le lombric

Les pigeons posés sur la branche du cerisier guettaient le lombric qui leur faisait des pieds d'nez.

 Je ne suis pas un voyageur, mais j'ai besoin d'humidité, chante le lombric, chante le lombric

Je ne suis pas un voyageur, mais j'ai besoin d'humidité dit le lombric juste avant de se noyer…

 Un pigeon voulut s'élancer voyant son repas déjà prêt, mais la chatte tendit la patte, la chatte tendit la patte

Un pigeon voulut s'élancer voyant son repas déjà prêt, mais la chatte tendit la patte et le pigeon se fit pigeonner.

Gérald demande à Soda :

  - Elle est là pour combien de temps Sandra ?

- Là ? Avec ce qu'elle vient de chanter, c'est trois ans ferme.

  Ils s’assoient tous deux en tailleur sur l’herbe et Gérald, impatient, demande s'il peut faire le rôle du Gnome dans l'histoire :

  - HEIN ?  S’agace-t-elle. Ne me dis pas que l'on va jouer à cette horreur ? Si j'ai demandé au docteur poulet que l'on soit tous les deux, c'est pour autre chose !  rien à faire de donjons et dragons ! De toute façon, avec tes noms de médicaments inversés, ils n'auraient rien compris tes pauvres rolistes !

  - Ah ? Autre chose… pense-t-il à voix haute en faisant  mine de se gratter le crâne.

- T’AS DES POUX ? AUTRE CHOSE GÉRALD !!

- Faire un câlin alors ?

- Oui, voila... voire plus si affinités, dit-elle la voix un peu cassée de s’être égosillée pour si peu.

- Plus ?

- Pfff…le terme "Câlin" ça veut tout et rien dire à la fois Gérald. Ouvre la boîte et tu comprendras...enfin...j'espère car j'ai l'impression que tu mérites quand même ta place aux Mirabelle, s'inquiete-t-elle.

- Et je vois même des écureuils depuis mon arrivée ici ! souligne-t-il en riant joyeusement.

- Il y en a...Bon ! tu l'ouvres cette boîte de jeu  ?

- Ah ? vrai ?  Les miens parlent en tout cas...l'adolescent finit par l'ouvrir, en retire une carte représentant Jupiterre, une des sept planètes à explorer ; il trie quelques pions puis sourit :

- Ah ! tu avais tout prévu alors...

Bah, je l'avais déjà prévue le jour ou tu as vu un corbeau dans ma chambre Gérald.

- Je trouvais que c'était un peu trop tôt, Soda.

- Le lendemain, c'est mieux, tu as raison. Tu veux une oreille de mon M.Player ?

  En compagnie de quelques infirmiers, le docteur Lecoing se dirige en direction deux adolescents. Gérald panique et balbutie quelques mots   - Soda ! The wolf is chipsfing !

- Quoi ? Un écureuil ?

- THE WOLF ! LECOING A TES HUIT HEURES ! Soda, paniquée n’a pas le temps de renfiler son jean Dolce & Gabanouille et couvre alors juste ses cuisses frèles et pâles de son pull de laine. Le Docteur, en toute naïveté,  leur fait un grand sourire et demande :

  - Alors les enfants ! Qui fait quoi ? Et qui fait qui ?

 Soda prend un air étonné et ne comprend rien à sa question. Gérald tente de combler son silence :

- Je fais Gnome Docteur.

- Aaah c'est symbole de connaissance Gérald ! très bon choix ! Et toi Soda, quel a été ton choix de personnage ?

- euuh...poulet Docteur ! Poulet !

- aahh...original !  Mais tu es originale Marina !  Acquiesce-t-il de la tête.  Sandra a disparu, peut-être l'as-tu vu ?

- Tout à l'heure, elle grattait l'écorce d'un pin Docteur, est-ce qu'elle a terminé ! je ne sais pas.

- Bon et bien, continuez votre thérapie les enfants ! Attention Gérald, le petit oiseau va sortir !

 

- Woow...Il est impressionnant ce Doc' mais tellement gentil.

- Oui Soda, il a quelque chose en plus...ou en moins.

 À peine les adolescents ont-ils le temps de reprendre leurs ébats qu’un infirmier fait de grands signes en hurlant près de la porte de l’accueil :

 

-         Gérald Deréflexe ! venez au bâtiment !  c'est urgent !

L’adolescent semble paniqué. Tout s’accélère autour de lui. Il lâche la main de son amie sans même lui dire un mot. Leurs deux mains s'abandonnent lentement quand les larmes débordent doucement des yeux de Soda, elle lui avoue :

-         Gérald, tu me fais vivre…Il ne la regarde déjà plus et court en direction de l’accueil. 

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