NEBRASKA ( Le jeu du pendu....)

Publié le par bordier laurent

Je ne connaissais pas cette pathologie, cette tendance à aller constamment faire chier les autres alors qu'ils sont en paix avec eux-mêmes. Il me semble que c'est une forme de schizophrénie avec délire de persécution.( Enfin, quand je dis persécution je parle de ses victimes, évidemment). Assis sur le siège passager, je fixai le profil de Malek. Je ne sais pas si l'alcool m’avait joué des tours, mais j'eus un instant la nette impression que le nez de la tête d'Ibis fut plus crochu qu'en début de soirée. Inquiet, j'ouvris le miroir de courtoisie de sa jolie Nissan et constatai que mon visage refusait de désenfler. Je ne suis pas de nature pessimiste, mais si demain je devais démarcher mes clients avec la gueule que j'eus à cet instant ;  sûr que la société de mon égyptien coulerait à la vitesse du titanic. femme train

 

             LE JEU DU PENDU DE NEVERTON

 

- Il est meublé ! À demain Laurent !  je t'apporterai quelques affiches à poser et te paierai en espèce les premières semaines !

Malek me tendit un téléphone portable en m'assurant que j'en aurai besoin... puis il repartit, me souhaitant une bonne nuit. Pressé, je tournai la clé dans la serrure, poussai la porte de mon nouvel appartement et fonçai à la fenêtre. La vue extérieure peut changer un homme le matin. Lorsqu'on a la chance d'avoir une baie vitrée chez soi il est toujours préférable qu'elle donne sur un parc plutôt que sur les poubelles du quartier. Il est tard, mais quelques klaxons se font encore entendre sur l’avenue de Neverton. L'enseigne clignotante rouge et bleue du shop' chinois vient frapper le plafond de cet appartement à la peinture blanche écaillée. J’apprécie cette dynamique ; celle qui nous fait encore rêver, lorsque, perdus, fatigués, nous restons dépendants de la lumière. Et aussi stupide et asiatique qu'elle soit, sa présence au plafond me rassurera pour cette première nuit, où, j'angoisse, déjà, de ne plus savoir où je vais.

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